Gaëlle Callac
des mots et des images

© Gaëlle Callac - 2017

Je me souviens m’être longuement recueilli devant ce tableau.
Une vive émotion s’était subitement emparée de ma poitrine pour en extraire quelques larmes.
Je découvrais l’œuvre, qui pourtant m’était connue, comme je vous découvrais.
Soudainement, vous vous imposiez à moi, belle et inaccessible comme ces femmes.

En sortant du musée, j’achetais la carte postale éponyme que je vous destinais.
Que vous écrire ? Que mes pensées étaient vôtres ?

Peut-être, auriez-vous interprété ces femmes alanguies et calfeutrées comme la projection de mes désirs ou simplement ce geste d’un romantisme désuet…
J’ai manqué d’audace… Cruellement.

Cette carte, je l’ai conservée longtemps. Enfouies dans les pages de mes lectures successives, ces femmes ont été les témoins de mes pensées les plus intimes.

Jusqu’à ce que cette image ne m‘échappe...

Je l’ai cherchée, en vain.
Certainement, le temps était venu pour moi de vous oublier.

Plus tard, devant Les femmes d’Alger dans leur appartement, mon émotion s’était dissipée.
Cependant, l’attachement que je portais à ce tableau était d’autant plus grand, car à jamais, lié à l’amour que je vous ai porté.

Constant,
(Mai, 1952)

Relecture du tableau Femmes d’Alger dans leur appartement de Delacroix

Ces Femmes d'Alger dans leur appartement m’ont inspirée l’histoire d’un amour secret.
Par ce prétexte narratif, j’ai voulu souligner l'unicité de l’émotion face à un tableau. Certaines rencontres esthétiques ont un effet de révélateur sur notre vie. Ici, le narrateur prend conscience, au regard de ces Femmes d’Alger dans leur appartement, qu’il est amoureux d’une femme. Dans ce récit, j’ai intégré une carte postale, support de communication populaire et simple qui permet de partager une image, une œuvre d’art aimée avec un être cher. Légère, la carte postale permet d’oser exprimer, parfois, des sentiments profonds.
La photographie, souvenir de cet homme de celle qu’il a jadis aimée, est une image floue, incertaine, comme notre mémoire.
Notre regard évolue avec le temps. Notre lecture des événements en découle d’où un attachement particulier à un être, une oeuvre. Ainsi, au fur et à mesure de notre vie, certaines œuvres d’art s’imposent plus à nous plus que nous nous imposons à elles.

G.C, 2009

http://gaellecallac.com/files/gimgs/th-35_Constant.jpg
Constant